07 mars 2009
Chauds les marrons + tricotage (de mots !)
"La poule a pondu", je répète, "la poule a pondu".
Incroyable mais vrai. Sentant le poids de plus en plus pressant de la famine familiale sur ses sombres plumes, la poule - qui squatte notre jardin depuis le début de la grève, qui fait des crottes intempestives sur la terrasse et se glisse dans la maison pour manger les croquettes de la chache - cette poule-là a caqueté le bec ouvert et un œuf est apparu ! Miracle de la nature. Et re-belote, deux jours de suite ! J'avoue qu'on n'a pas encore osé manger les œufs, on les a rangé dans la porte du frigo... Bon, je voudrais pas faire ma citadine mijaurée, mais je me demande juste s'ils sont comestibles. On ne sait jamais avec la vieille cocotte ménopausée et/ou avec la pollution locale au chlordécone. C'est vrai ça, pourquoi elle ne pondait pas et tout d'un coup elle pond ? Les avis des poulophiles sont les bienvenus. Dans le doute, je lancerai le marcassin en éclaireur. Mais ça sent le début de l'autonomie alimentaire, ce qui n'est pas à négliger vus les derniers évènements.
Après un mois de grève générale, la Martinique flambe. J'ai même été voir le journal télé chez les voisins ce soir ! Les voisins en ont assez de la grève et veulent retourner travailler [ah !]. Je vous épargne le discours sur les salauds de fonctionnaires qui sont payés pendant les grèves et qu'en plus ils touchent 40% de prime alors qu'ils sont gonflés d'empêcher les autres de bosser; je ne vous relaterai pas l'analyse comparée [et sauvage] des pratiques protestataires des "juifs" versus les "chinois", ainsi bien sûr que les craintes voilées d'une éventuelle dérive raciale du conflit, "mais que si on partait, nous les métros et les békés, la Martinique, ce serait Haïti". Bon, bon, bon. J'étais volontaire, hein, et je savais où je mettais les pieds. Mais je voulais voir des images, et à leur décharge, ils sont sympas quand même [même si je crois qu'ils ont voté Sarko, mais c'était pas les seuls hein, c'est le moins qu'on puisse dire, et on peut pas tout leur mettre sur le dos...]. Bref. Donc, ça chauffe. Bon, évidemment, pour nous, ça ne change pas grand chose, on habite toujours a assez de kilomètres de Fort de France pour vivre dans une tranquillité déconcertante et ne pas respirer les gaz lacrymos. L'essence est de retour - ce qui expliquerait la multiplication des petits cocktails molotov ? - mais c'est un peu chaud les marrons pour aller tâter l'ambiance de violence urbaine, même si une manif est convoquée demain matin par le Collectif du 5 février.
Donc avec toute cette agitation, impossible d'aller à l'aéroport chercher la Sof, ma vieille copine des 400 coups [celle qu'un jour on a pris pour ma mère alors qu'elle a juste 6 mois de plus que moi, ce qui en dit long sur son état de fraicheur et/ou mon visage poupon et attitude puérile !] arrivée de métropole ce soir. La voie rapide est coupée, la traversée de Fort de France est très fortement déconseillée voire impossible. Heureusement, des amis vivant au Sud l'ont accueillie pour la nuit et on espère la récupérer demain ! Rendez-nous la Sof !!! Surtout qu'elle apporte du ravitaillement : litière et croquettes pour la chache, dentifrice pour les pue-du-bec, lait en poudre et Toblerone... et que de notre côté, on s'est lourdement équipés en rhum et citrons en prévision de son arrivée.
Mais, trêve d'actualité. Il me revient le plaisir de vous tricoter quelques lignes du tricot de mots, une initiative rigolote de Sicotin, déjà passée par les mains de : Madame Lustucru-Bulles de Grenouille-La Môme Poison-Liliba-Servanne-Ces petits bonheurs-Dentelle et arsenic-Les Mots Partagés-Livres et vous, livres émois-Mama Cami-Un ange passe-Rouge Cerise-On va voir si je m'y tiens-Non mais des fois-Elle est toujours un peu à l'ouest-Couac-Refermer après usage-Un Arc en Ciel dans le Lavabo-Graines de Carotte-Les Bigorneaux-The Blog Around The Corner-Zelapin Kikoz...
Et très bientôt :
des photos de couturette de cette semaine, en musica, cha cha cha !
Il était près de neuf heures lorsque Henri se gara sur le parking de la supérette d’Etretat.
Une
fois le contact coupé, il resta encore un peu dans sa voiture, le temps
que la chanson qui se jouait à la radio et qui le mettait de si joyeuse
humeur se termine. Puis hop, dans un élan, il sortit.
Ses
talons claquèrent en un bruit sec sur le macadam défoncé. Il huma
l'air, s'emplit les poumons. Plus haut les mouettes riaient déjà. Il
n'eut pas un regard pour les quelques clients qui attendaient
l'ouverture du magasin accoudés à leurs caddies. Il se dirigea d'un pas
guilleret vers l'arrière du bâtiment, dépassa un tas de palettes et
entreprit de traverser le terrain vague.
Bien
qu'il ait eu du mal à prendre sa décision, il était maintenant très
heureux, soulagé, même, et ne pensait plus qu'à cette mission qu'il
s'était fixé, espérant de tout cœur que les résultats seraient à la
hauteur de son attente. Il arriva bientôt à l'extrémité du village, et
s'arrêta un instant, émerveillé comme à chaque fois par la vision de la
mer et du paysage grandiose qui s'étendait face à lui.
Alors,
oubliant une seconde qu'il était attendu à neuf heures et huit
battements de cœur précisément ! Une phrase de son ami Robert Sabatier
lui monta à la gorge : " Si je pouvais écrire avec des algues, toute la
mer tiendrait dans un seul mot. "
Son
regard fixait la mer. S'accordant un peu de temps, son esprit se
reposait au creux des vagues. Il ne voulait rien précipiter. Mais les
minutes s'écoulaient. Il salua la mer et s'en alla au rythme du vent, quand
tout à coup, au détour d’une pensée, il se retrouva les quatre fers en
l’air ! Choc aussi violent qu’inattendu. Mille couleurs se
précipitaient dans ses yeux. Des
étoiles dans la tête, sonné, hagard, Henri tenta de se redresser. Il
avait beau se concentrer, rien ne lui indiquait ce qu’il faisait là,
allongé au sol, la caresse du vent pour seule compagne.
Il vit des visages déformés se pencher, ils ressemblaient aux gargouilles de la cathédrale. Corps inerte, les figures fantasmagoriques se multipliaient au-dessus de lui, obscurcissant le ciel. Les odeurs iodées se mélangeaient aux effluves nauséabonds de la mort.
Il lui sembla entendre une voix, puis deux, mais il ne parvenait pas à saisir ce qu'elles disaient. Émergeant peu à peu de son brouillard, il distingua plus précisément les visages penchés sur lui. Et c'est avec stupeur qu'il la reconnut.
Elle n'avait pas changé. Malgré le soleil dans ses yeux et ces visages au-dessus de lui qui s'approchaient comme des hyènes autour d'un cadavre et la dérobaient par instants à son regard vacillant il savait que c'était elle. Comment oublier ce visage ? Comment avait-il pu croire que tout était fini ? oublié ? Il se redressa sans peine, prêt à l'affronter enfin.
Lorsqu'il
fut bien campé sur ses deux pieds, Henri serra les poings, mobilisa
toute son énergie, paré à l'affrontement, et eut tout à coup
l'impression que sa volonté et son courage s'en trouvaient décuplés.
Que n'avait-il souhaité qu'un tel élan l'emporte, toutes ces fois où il
s'était senti si misérable, si pathétique face à cette femme... Mais
rien, jamais, n'était venu le galvaniser comme aujourd'hui. Tandis qu'ici, et maintenant, plus de vingt ans après les événements, on allait voir, enfin!, qui était le plus fort.
Il ne pouvait pas en être autrement, foi d'Henri !
Pourtant,
ce n'était pas ce qu'il avait prévu pour aujourd'hui... Rien n'aurait
dû se passer comme ça, il était de bonne humeur ce matin ! Pourquoi
fallait-il toujours qu'elle surgisse sans crier gare, comme si elle
prenait un malin plaisir à toujours tout gâcher ? Déjà, alors qu'il
était petit, elle avait le don de mettre fin à ses rêves... Il leva le
poing et ce simple geste lui remit immédiatement en
mémoire l'invraisemblable, l'irrémédiable - Pas encore mortifié,
surtout enivré par la quantité d'adrénaline qui circulait encore dans
ses veines, qui lui avait valu cet évanouissement - cette petite mort -
qui lui avait aussi permis de passer à l'acte, puis de conduire d'une
traite de Toulon à Etretat, d'un port à l'autre, d'une mer à l'autre. Pour la retrouver là.
Ses
idées étaient claires maintenant, et il n’allait certainement pas tout
gâcher avec une bagarre de terrain vague. Il avait un autre programme.
«Suis moi» . C’était tout, sauf une invitation à une randonnée pédestre
sur la falaise. Curieusement, il n’eut pas besoin de lui prendre le
bras pour la faire monter dans sa voiture. «On va dire bonjour à René, ça
fait longtemps.» La route était toujours aussi belle, mais il n’en vit
rien, occupé à surveiller la vieille. Il fut juste un peu surpris
d’arriver aussi vite au Havre. La ville avait peu changé, et il retrouva facilement la route du port.
Elle était toujours aussi déserte, aussi put-il se garer sans manœuvre, juste devant le troquet. Avant
même d'y entrer, il fut déçu car ce n'est pas René qu'il vit derrière
le bar, à travers la porte vitrée, mais sa femme. Le regard de la
vieille s'éclaira. Il ne put faire demi-tour car, au tintement du
carillon accroché à l'entrée des lieux, tous les habitués et même la
patronne avaient tourné la tête vers eux.
Bonjour, Simone, marmonna-t-il sans enthousiasme. Il n'avait jamais
aimé cette vieille commère - n'avait jamais compris comment René pouvait
s'accommoder d'un tel poison.
Poison était d'ailleurs le mot approprié. Les gens avaient beaucoup jasé sur la disparition aussi précoce qu'inattendue de son premier mari au seuil de sa trentaine toute neuve. Et les années qui suivirent où Simone fut hébergée par la vieille, avant qu'un malheureux hasard ne mette René sur sa route, n'avaient fait qu'aigrir une personnalité déjà peu aimable. Ces deux-là avaient dû ourdir bien des complots... et à cette idée Henri sentit monter une bouffée de rancœur.
Évidemment c’était à prévoir, à chaque fois qu’il s’était imaginé confronté à ses
fantômes, tout s’était passé bien différemment. Il était alors bien
plus fort, sa bouche moins pâteuse, il abattait tous les obstacles,
obtenait ce qu’il était venu chercher… Il sentait confusément que les
choses ne seraient pas si simples et que toute sa détermination n’y
changerait peut-être rien.
La
vieille fit un signe de la tête. Simone posa son tablier sur le zinc.
-Salut Henri ! ça fait une paye qu'on t'a pas vu dans le coin...- Henri
la suivit sans mot dans l'arrière cuisine. -René s'est tiré...- Henri
esquissa un sourire. Il savait... ils allaient reprendre du service.
Ses pensées remontèrent vingt ans en arrière. Simone, René, Henri...
Juliette. C'était elle. Neuf heures et huit battements de cœur...comment avait-il pu douter? Demain ils seraient réunis. Simone
sortit une enveloppe de l'antique buffet. -Lis!- René a laissé ça pour
toi.
Henri,
Raoul est de retour -stop- j'ai dû me caleter de chez la vieille -stop- j'le file depuis 1 mois -stop- il se planque chez le Mexicain -stop-
C'était presque trop simple, mais pour une fois que tout s'emmanchait bien, il n'allait pas la ramener.
Il obtint de Simone un "irish breakfast" façon "Tambouille".
L'explosion de la devanture ne lui laissa pas le temps d'en profiter,
Défonçant
la porte de service du pied (cadeau bonux pour la taulière; de toute
manière, l'expert devrait passer pour l'entrée), Juliette en
bandoulière, il n'eut qu'à cueillir sur le parking l'alfa roméo de ces
crétins.
Le mexicain. C'était pas la porte à côté, mais il n'avait jamais été contre un peu de tourisme.
"Fils de pute". Juliette ne se débattait plus mais grommelait encore quand ils s'engagèrent sur l'autoroute à vive allure. Il était habitué à son sale caractère et puis c'était elle qui était venue le chercher. Ils partagèrent en silence le café qu'elle tira d'un thermos sorti du fond de son sac, puis elle lui remit ses nouveaux papiers d'identité : passeport, permis de conduire international, visa en règle. "Arrête-toi à la station service, faut que tu te change maintenant. Apprend tes nouvelles coordonnées par cœur et détruis le mémo. Pour le reste, tu connais la procédure". La vieille, toujours aussi professionnelle... Il baissa les yeux sur le passeport et sourit en découvrant son nom. Ils ne lui épargnaient donc rien ?
Commentaires
arghhh! Pouy sors e ce corps!
Diabolique votre petit jeeu, j'y jouerai bien tiens, je vais y penser, faut s'inscrire ou quoi...
Et bon ti-punch avec ta copine, mdr le coup de ta mère....
Quand aux oeufs, jee crois que tu peux y aller, parfois, les poules elles font des pauses, alors c'est peut être pas la ménopause, juste un breack...
Héhéhé ! Merci beaucoup pour cette suite que je vais m'empresser de mettre sur le blog :-)
Au fait, il faudrait que tu désignes quelqu'un pour prendre le relais. Merci.
Réponses !!!!
**** Zelapin : Ca prenait une tournure roman noir, non ? Tu y as bien aidé !!! Pouy toi-même ;)
**** Laurence, "Dr es poupoule" : tu es donc l'heureuse élue pour continuer ce roman !!! à toi de jouer. Copier, coller, rajout de tes lignes, et informage de Sicotin. Chouette !!!
**** Sicotin : C'est fait ! Merci pour ce jeu rigolo que je vais suivre à la trace maintenant !
Bon ok je m'y colle, mais saleté, tu nous as bien eu avec ton nom de héros, je sens que maintenant on va passer dans le gore...Et il va fumer sérieux le Zéro, au moins je peux faire ça par procuration...
Bon, bon, bon.
Pour la poule, je dis : rien d'anormal dans la soudaine ponte de la bestiole. Cela signifie tout simplement qu'elle s'est habituée à son nouvel environnement et qu'elle vous gratifie donc de ses précieux oeufs !
Cet osieau de paradis deviendra-t-elle la poule aux oeufs d'or ? Ben ouais, peut-être pourras-tu en vendre à tes "charmants" voisins, ceux équipés de la boîte à images ?
moi aussi je crois sincèrement que tu peux manger les oeufs! no problem
kestufou?
Désolée, quelqu'un d'autre a pris le relais...
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