Ce matin, le chat qui aime parfois nous pisser dessus pour nous réveiller  - et est par conséquent privé de chambre à coucher - a choisi de pisser sur mon sac. Le motard a donc vidé le sac de toutes mes affaires d'apprentie-fermière (ahhhhhh, le portfolio et mes analyses de pratique, mes recettes de terrines et mon livre de diagnostics infirmiers !) et l'a plongé dans le lavabo avec de l'eau de javel avec tous mes stylos, les cartes grises et assurances de la voiture et la moto, ma vieille attestation pôle-emploi périmée d'avant qu'ils me radient et la recette du gâteau au chocolat d'anniversaire du marcassin.

J'ai donc commencé la journée en faisant sécher toute cette paperasse sur les radiateurs froids. Copropriétaires, mobilisez-vous !

Quant aux diagnostics infirmiers, faut que je vous raconte...

Pour les non-initiés, les diagnostics infirmiers, c'est un peu la science de l'infirmière. C'est pour dire, aujourd'hui, les infirmières ne sont plus seulement les petites mains des médecins, réalisant les actes, nues sous leurs blouses, à leur demande (rôle prescrit), mais elles ont aussi un cerveau et peuvent l'utiliser pour aider au mieux-être du patient (rôle propre). Ce sont les diagnostics infirmiers, comme une analyse de la situation du patient par l'infirmière. Le diagnostic est toujours "lié" à un problème de santé à identifier, et "se manifestant" par des données obervables. De ce diagnostic découlent des "actions" du rôle propre et du rôle prescrit, qui seront "évaluées" à terme. Il y a donc des centaines de mots-clés qui constituent une langue vernaculaire qui nous permet de nous reconnaitre, un peu comme les francs-maçons. Dans un sens, c'est pratique, on parle de la même chose. Quand on est sur le terrain, on se comprend, on joue avec les concepts, on arrondit les angles, on va voir le médecin avec un clin d'oeil malicieux en clamant "Le monsieur du 7 a une perturbation des échanges gazeux, sa pression en O² est à 70 mm de mercure !", et tout le monde sait ce qu'il a à faire. De l'autre, dérive classique une fois qu'on retourne à l'école - donc loin de la pratique -, c'est la porte ouverte à tous les pinaillages sur l'utilisation des "diagnostics", et les formatrices qui aiment les utiliser comme des petites cases rigides et hermétiques adorent nous démontrer qu'on est vraiment des buses. Joie de l'alternance. 

Bref, les diagnostics sont réunis dans un livre de 1280 pages. Voici quelques exemples au hasard : "Douleur", "altération de la mobilité physique", "diminution de l'irrigation tissulaire", "anxiété", "perturbation situationnelle de l'estime de soi", "incontinence urinaire à l'effort",....  Mais il y a UN diagnostic qui fait toute la différence et qui vient saper tout le travail de construction de la profession et de la légitimité infirmière : la "perturbation du champ énergétique". La définition est la suivante : "Modification du flux énergétique [aura] entourant la personne, se traduisant par une dysharmonie du corps, de la pensée et/ou de l'esprit". Ehhhhh oui.

Etrangement, les "facteurs favorisants" n'ont pas encore été répertoriés par l'ANADI, l'instance suprême-de-poulet nord-américaine de diagnostics infirmiers. Mais les auteurs du livre - qui doivent porter de sacrées robes mauves et faire brûler de l'encens au patchouli -  suggèrent que ces facteurs peuvent être un "blocage énergétique", une "altération du système immunitaire", une "douleur", "anxiété" ou encore un "état dépressif". Face à ce diagnostic, il est donc de la responsabilité de l'infirmière d'évaluer le champ énergétique du patient en "déplacant les mains lentement au-dessus du patient à 5 cm de la peau afin d'apprécier son champ énergétique et le flux énergétique de son corps" puis de rééquilibrer ce champ, bien entendu, en "éliminant les obstacles à la circulation de l'énergie (dans son corps et entre lui et l'infirmière)". Pour ce faire, il est recommandé, "au besoin, d'exercer une pression sur les points d'acupuncture". Ben oui. Pour clore la séance shamanique, il est de bon ton de "tenir les pieds du patients pendant quelques minutes afin d'ancrer l'énergie corporelle" (en gras dans le texte !).

Alors moi je dis oui. Oui à la science infirmière.

Je pense que ça va pas mal renouveler l'approche des soins au service d'urgence quand je vais mettre cette technique en place au prochain patient douloureux, anxieux ou dépressif et au système immunitaire altéré.

Ca me rappelle quand dans mon ancienne vie, dans les sous-sols des bureaux du CNRS, ma collègue sociologue me faisait des séances de rééquilibrage des chakras pour que j'arrive à finir de rédiger ma foutue thèse. Ceci dit, j'ai réussi...