Elle est bien bonne celle là !

Bon, alors je vous passe les détails : on est partis, on est arrivés, on s'est bien demandés ce qu'on faisait là, on s'est laissés porter par l'enthousiasme familial, on a nettoyé notre sauna suédois, on a emménagé avec des affaires récoltées ci et là, on a chopé la crève, on a cru qu'on allait mourir de la grippe A, on a longuement hésité à l'idée d'acheter un thermomètre à 6,90 euros pour guetter la fièvre supérieure à 38,5°C ou à attendre que nos affaires arrivent un jour (là j'ai joué la radine et j'ai dit au marcassin qu'on attendrait les cartons pour avoir de la fièvre), on a fait sa rentrée en CP / s'est présentée comme représentante des parents d'élèves dans ladite école, on a choisi de faire du hockey sur glace histoire de déjouer le choc thermique / on a fait des démarches administratives à n'en plus finir, qui ne sont d'ailleurs pas finies.

Et on est toujours vivants. Comme quoi cette histoire de grippe porcine, c'est du pipeau, parce que moi je m'étais préparée mentalement à revenir dans un pays apocalyptique et post-nucléaire avec des gens pâles et angoissés qui se parlent à travers de masques blancs. Rien du tout, on nous a menti. Les habitants de Tours au contraire très chaleureux et marrants et cordial. Y'a même des tas de P-C-C (les intemporels punks clochards avec chiens), des pauvres qui font la manche et autres familles populaires blanches, trois catégories bien absentes du panorama martiniquais. Bref, rien à redire.

Donc avant-hier j'ai rencontré mes voisins. En fait en fin d'après-midi, j'ai héroïquement détecté, malgré ma truffe bouchée depuis une semaine, une odeur de gaz au 1er étage de l'immeuble. J'en informe la gardienne qui appelle qui de droit puis je vaque à mes occupations : aller jouer avec des avions en polystyrène en bas de l'immeuble et me faire des mèches blondes. J'étais donc tout à ma deuxième activité quand le hockeyeur fou poussa des hurlements en ouvrant la porte d'entrée, comme quoi des types avec une grosse bombe voulaient faire péter l'immeuble. Puisqu'on peut supposer que son patrimoine génétique paternel l'ait rendu un tant soit peu sensible aux explosifs, j'ai pris la menace au sérieux. Et me voilà sur le palier avec mes mèches sur la tignasse, pour rencontrer mes voisins :

"Bonjour, je suis Kikizita, la nouvelle voisine, je me fais des mèches"

Ce qui, d'après moi, a fait très bonne impression.
Ensuite on a démasqué les supuestos bomberos qui étaient les types de gaz de france, vu que la fuite venait de notre étage en fait, et le voisin d'en face nous a invité à boire moult apéros et manger aussi quand même du riz avec du poulet et plein de crème fraiche. Il est sympa et écoute du punk-rock, ce qui rend l'idée de voisinage tout à fait formidable. On a déjà décidé d'aller voir des tas de concerts et de boire du pastis. 

Ah, prenant ma destinée en main, j'ai aussi acheté des vêtements chez [hasch et aime], qui m'avait bien manqué aussi cette année. Et sous l'influence rigolarde du marcassin avec qui on s'est tapé des fous-rires dans la cabine, j'ai acheté un slim en velours noir côtelé avec des fermetures éclair aux chevilles. Bien sûr, je partage l'idée que les slims, ça ne va à personne, mais du coup, je vois pas pourquoi je m'en passerai, je suis pas pire qu'une autre. Et puis si ça fait des fesses moches, ça fait des chevilles jolies, et ça me rappelle mon jean neige à fermetures éclair de quand j'étais en 6e au Collège Jean Lamour (mais peut être qu'à l'époque justement, le slim ça m'allait...). Et toc ! bon, j'ai acheté aussi des tas d'autres fringues parce que quand même, il fallait que j'ai l'air propre sur moi pour chercher du travail...

Donc habillée, méchée, je me suis lancée ce matin dans la réponse aux annonces de boulot potentiels. Dans une volonté d'optimisation, j'ai rédigé deux CV, le CV classique, et le CV arrangé. Dans le premier je synthétise mes vraies expériences et compétences. Ça c'est le CV avec lequel je ne trouverais pas de travail parce que over-qualified. Et dans le deuxième, j'arrête mes études à mi-chemin, et je m'invente une expérience de secrétariat sur les projets sur lesquels j'ai réellement travaillé. Et c'est censé être le sésame vers une expérience professionnelle à durée déterminée en attendant la rentrée début février à l'école des fermières. Donc ça sent déjà le jonglage qui va partir en couille. Ce qui n'a pas manqué.
Donc me voilà rédigeant une lettre de motivation pour être vendeuse à Carrouf ("j'aime la grande distribution et la lumière artificielle..."), je l'enregistre, j'écris l'email correspondant, je joins mon CV arrangé, je me rends compte que je n'ai pas donné un nom très parlant à ma lettre de motivation, je la renomme, je la joins au mail, je l'envoie.
...10 minutes plus tard, je me rends compte que la LM que j'ai renommée et envoyée correspond à une candidature pour un boulot de responsable pédagogique en Martinique auquel j'ai postulé il y a un an en faisant abondamment valoir ma vraie expérience. Ah ah. Ricanade. Récupération de la LM-carrefour-vendeuse dans la corbeille, renommage, envoi d'un deuxième email de candidature en faisant l'air que rien "hé hé, suite à une erreur dans le premier envoi, voici donc les documents correspondant à ma candidature, les salutations cordiales, papoti...". Si ils comparent les deux LM, ils vont me prendre pour mytho-woman...

Comme quoi, chercher du boulot, c'est pas à mettre entre toutes les mains. D'après mes courriers de ce matin, j'ai donc  l'ambition de devenir vendeuse au rayon textile de Carrefour ou standardiste dans une centrale téléphonique ou agent administratif pour numériser des documents ou... responsable d'une structure sociale d'aide aux familles. Délire quoi. A suivre.

En attendant, WE dans l'ex-paradis fiscal le plus proche...

A bientôt mes petites cailles !