Camarades,

En ce jour béni de mon anniversaire (enfin, pour vous, c'était hier, magie du décalage horaire), c'est la grosse fatigue.

Je sais que je devrais vous faire un compte rendu amusant à mi-chemin de cette expérience hospitalière, mais la peste bubonique (rhume, je vous rassure tout de suite... mais rhume à la Martinique, ça vaut des points quand même !) a eu raison de mon sens de l'humour, à moins que ce ne soit les 3 jours de réveils successifs à 5h10 du matin pour partir à 5h50 et être en blouse à 6h45.

Alors en trois observations :

  • Contrairement à ce que l'on voit dans les labos de recherche universitaires (où il n'y as pas d'infirmières mais des docteurs...), les infirmières ne sont pas là pour occuper la salle de pause. D'ailleurs y'a jamais personne en pause, et je me demande bien quand est-ce qu'elles mangent un truc pour tenir jusque 14h30-15h. Mais j'ai ma petite idée : elles ne mangent pas car elles bossent non-stop.
  • La hiérarchie hospitalière n'a rien à envier à la hiérarchie universitaire, mais elle a le mérite d'être clairement établie et respectée. On n'est pas dans un faux semblant d'égalitarisme démocratique où les rapports de pouvoir sont camouflés derrière l'impression qu'on fait tous le même boulot (mais pas pour la même paye...). Ici chacun est à sa place, avec des prérogatives et des responsabilités (et des salaires...) bien définies. Mais alors, une question subsiste : pourquoi autant de coups de gueule et de difficultés à travailler ensemble entre les différentes catégories de personnels (chef de service, médecins, internes, cadre de santé, infirmières, stagiaires, aide-soignants) ?
  • Il y a des bronchiolites en Martinique. Qui l'eût-cru ?

Ne vous inquiétez pas, je ne touche à rien - mais je me lave les mains quand même. C'est d'ailleurs un peu la lose car j'aurais bien aimé faire deux trois couillonnades - et pas seulement me laver les mains -, mais non. Du coup je m'emmerde un peu par moments. Alors je fais des lits avec les aides-soignantes ou je range les seringues et les compresses ou je vais chercher le tensiomètre ou je me lave les mains (encore et toujours). Sinon je poursuis les infirmières et les étudiantes infirmières dans toutes les chambres et je les observe et je leur pose des tas de questions auxquelles elles n'ont pas le temps de répondre puisqu'elles font des calculs savants dans leur tête (un genre de grosse tête globale qui flotte au-dessus du CHU, la "tête infirmière") pour doser les perfusions... Mais on se lave bien les mains. Alors on intercale, un peu de savon et d'eau, un peu de truc alcoolisé qui fond sur la peau (et détruit 99,9% des saletés, genre, sauf les acariens de la galle ! ah, pas de chance...). Je fais aussi des petites blagues quand même et y'a des filles sympas. C'est pas désagréable. Même, des fois, on rit.

Bref, dans mes moments de désoeuvrement et de non-harcèlement du personnel hospitalier, quand lassée de lire les dossiers médicaux des patients j'ai été papoter avec leurs parents puis que je suis retournée me promener dans les couloirs, je réfléchis à ma vocation...

Difficile de se projeter dans un métier inconnu, même quand on l'a sous les yeux toute la journée.
C'est toujours passionant de voir les gens au travail, les voir maîtriser et mobiliser un savoir technique, une masse de connaissances, leur capacité à résoudre des problèmes. C'est d'autant plus impressionnant quand ça se fait sur un rythme accéléré et soutenu. On peut penser que le médical et para-médical y ajoutent le côté "magique" et esthétique de l'intervention sur le corps dysfonctionnant. La capacité de réparer, de soulager, de remettre en ordre.

Bon, donc disons que tout celà est bien séduisant. Mais au-delà de cet a priori positif - car mystérieux, car inconnu, car c'est quelque chose que JE ne sais pas faire - est-ce que je m'imagine dans ce métier chaque jour ? Dans ces routines de soins ? Dans ces relations de pouvoir brutales et visibles ? Pour le moment je me dis que oui :

  • Car si beaucoup de gestes sont répétitifs, le déroulement d'une garde est imprévisible (arrivées, sorties, etc.), les horaires sont mouvants, les divers services hospitaliers entraînent des routines et des organisations différentes.
  • Car les relations de pouvoir sont claires. Et pour se consoler, on peut se dire que de manière générale, elles sont  difficilement contournables dans la plupart des activités professionnelles.

Il me reste encore 2 jours. Je passe en après-midi demain. J'aimerais faire une nuit ensuite, on verra.

Et puis surtout, il me reste à réussir le concours fin février !

En attendant, j'ai encore fourragé sur les sites internet de recherche d'emploi et j'ai encore reçu une réponse négative à un boulot auquel j'avais postulé en décembre. Le chômage restant un argument de masse en faveur de 3 nouvelles années d'étude...

A suivre ! Je vais au lit !!!!!!

PS : Allez, on rigolera au prochain message. Ca peut pas être la grande rigolade sur tous les posts...