...ou comment l'entrée dans le dernier mois des années 2000 condense l'esprit de lose de toute la décennie. 

Après cet interlude créatif (achetez des bijoux à Cristelle !!!), voici une réponse radicale et détaillée à la question : to lose or not to lose (à la fin des années 2000) ?

Let's go back in time, y'a deux semaines :

  • La veille de l'oral de fermière, j'avais eu ultra mal au ventre. Le stress quoi... ou les courbatures du Pilates de la veille... Enfin, j'avais fait une grosse sieste pour laisser filer.
  • Le samedi suivant aussi j'avais eu ultra mal au ventre, avec une belle chute de tension, lors de mon deuxième jour au boulot. Ça ne faisait pas bien sérieux ! Alors à ma pause, j'avais été à la pharmacie prendre conseil. La dame me dit que c'est peut être gynécologique, alors que j'optais plutôt pour une version intestinale du disease.

J'ai passé le weekend rongeant mon frein, convaincue qu'"on" m'avait refilé la syphilis. J'imaginais une vengeance tout-feu-tout-flamme à base de SMS... "tu va creV fiß 2 put". Et puis venu le lundi matin, vu que je ne travaillais pas, j'ai enfourché mon vélo et filé à l'hosto à un rendez-vous express pour une petite consultation des familles. Ah ça faisait longtemps, c'était sympa, les pieds dans les étriers, tout ça, ça m'avait manqué. Là le médecin me dit que "ah la la, les femmes, quelles pintades, elles croient que leurs corps sont immuables", et le voilà m'assurant que mon corps change, qu'il n'est plus le même qu'à 20 ans (ah bon ? mais je croyais que justement j'avais 20 ans ?), ni qu'il le sera à 40. Ça me fait une belle jambe - c'est toujours ça de gagné - mais j'aimerais bien savoir pourquoi j'ai mal au ventre. "Douleur d'ovulation enfin ma bonne dame, puisque vous avez eu vos règles y'a deux semaines". Ah les femmes quelles cruches quand même... Je suis dubitative vu que j'ai quand même carrément mal, mais rassurée aussi vu que je n'ai aucune forme visible de syphilis ! Et au moment de franchir la porte, il me dit, "allez, faites donc un petit pipi pour un test de grossesse, on ne sait jamais".

Moi à ce moment-là, je commence à re-avoir ultra mal au ventre, faut voir qu'il m'a bien malaxé les entrailles le gaillard. Donc je rejoins la salle des fermières et je me roule sur la couchette en gémissant que "ouille, ouille, ouille". Ca dure un bon moment, ça ne passe pas, j'ai une vieille suée, je me tords de douleur. Le docteur arrive, et là, rétrospectivement, c'est le moment drôle de la semaine (profitez-en. Faut m'imaginer me tortillant sur la couchette et tout le monde parlant en faisant des moulinets avec les bras... - notre côté méditerranéen au médecin et à moi...) :

  • Moi, surexcitée : ahhhhhh, j'ai oublié de vous dire, j'étais en Colombie y'a deux semaines, j'ai peut être mangé un truc pourri !
  • Lui, content de trouver un diagnostic à peu de frais : ahhh ! Mais vous ne me l'avez pas dit !!!
  • Moi : ahhhh ! mais vous êtes gynéco, ça n'a rien à voir avec la Colombie !!!
  • Une fermière, blasée : ben si c'est intestinal, on ne peut rien faire.
  • Moi, déterminée : mais j'espère bien qu'on va faire quelque chose, on ne va pas rester les bras croisés !!!
  • Lui, décidé : il faut que vous alliez en urgence aux urgences de l'autre hôpital !
  • Moi, décidée : non !
  • Lui : Mais si, il faut, on ne peut rien faire ici !
  • Moi : non !
  • Lui :  Mais enfin, pourquoi vous ne voulez pas y aller ?
  • Moi : ahhhhhh, parce que j'ai mal, que je suis en vélo, que j'ai mal, que je n'ai pas de voiture, que j'ai mal et que je ne sais pas où est l'autre hôpital, ahhhhhhhh. Trouvez moi un service dans cet hôpital qui s'occupe de moi !!!

Et call Dr House, for christ sake !!!!

Bon, après, j'ai pris mon courage à deux mains pour aller faire un pipi au bout du couloir. Je suis revenue dans la salle des infirmières en hurlant "victoire !!!" et en brandissant mes trois gouttes dans le gobelet, et je me suis affalée à nouveau sur la couchette en gémissant.

Après, c'est total parti en couille. Le test s'est avéré positif, on a fait des échographies dans toutes les positions possibles et inimaginables, sans rien voir, et le diagnostic a brutalement migré de "intoxication par arepa de choclo pourrie" à "grossesse extra utérine". Moi à ce moment là, j'étais un peu plus vraiment moi, à répéter "mais c'est quoi ce bordel ? c'est pas possible !!!", à pleurer de rage et de douleur. A tout prendre, j'aurais préféré la syphilis.

En moins de temps qu'il n'en faut pour comprendre, j'étais embarquée sur un brancard vers les urgences gynéco, ça tombait bien finalement, on était dans le bon hôpital, juste à l'étage du dessous. Sont venus me parler simultanément un anesthésiste, un chirurgien et plusieurs blouses-blanches-non-identifiées. Je leur répondais tout en me déshabillant, en me faisant coller des électrodes sur le torse et en envoyant un email au boulot pour prévenir que je ne serai finalement pas dispo pour l'inventaire du soir-même. Je leur demande, "avec tout ce bordel, je vais sortir quand ? parce que, hé, je bosse demain à 11h hein !", ils marmonnent, "oui, oui, c'est ça". Et puis hop, il est midi, je passe rapidos un coup de fil incongru à mes parents, "hé hé, ça va vous ? ouais ouais, bon ben, euh, je vous appelle parce que hein, je suis à l'hôpital et je vais me faire opérer en urgence, ah ah, ouais hein, moi non plus je savais pas... Bon ben voilà hein, je vous rappelle en me réveillant, ils sont sympas ici, vous inquiétez pas"... et je les charge d'aller récupérer le marcassin à l'école quand même.

Donc dans toute cette agitation, je me suis retrouvée nue comme au premier jour de la création, les poils en plus - mais l'épilation impeccable, ce qui est toujours de bon goût quand on passe au bloc - et avec une jolie tuniquette blanche. Donc nude-nude, et mes lunettes, mes boucles d'oreilles (dont une jamais enlevée en 7 ans !), mes vêtements, mes super baskets, ma veste préférée que j'ai depuis que j'ai 17 ans (teenage power !), un pull rouge sang (prémonition, quand tu nous tiens...), mon portable (SMS-teenage power !) mon sac à main, mes clés, que sais-je encore... mon avis d'imposition 2008, mon attestation de sécu, mon agenda, ma CB, mon chéquier, et autres babioles diverses et variées sont enfermés dans un sac jaune, marqué "POUBELLE", sur lequel ils ont collé une étiquette avec mon nom. "On le pose en salle de réveil, vous le retrouverez tout à l'heure".

Là je peux pas trop vous raconter puisque je dormais, mais d'après ce que j'ai compris, c'était le carnage. On m'avait dit avant, "y'a un épanchement", et j'avais demandé un épanchement de quoi ? et on m'avait dit que je perdais du sang. Vu que je voyais rien, j'ai demandé où ? et on m'avait dit "ben euh, dans l'abdomen". Ca me semblait bizarre cette histoire, un peu comme si j'étais une grosse bouillotte qu'on n'avait pas bien vidée. Floc floc. J'ai d'ailleurs bien hâte de me faire le module de gynécologie à l'école de fermière histoire de mettre ça au clair. Donc hop hop, on a pas trainé, ils m'ont opéré, et j'avais en effet perdu 2,8 litres de sang, portant mon hémoglobine à 5,8 grammes - les fermières apprécieront... - par ce concept étrange également appelé hémorragie interne. Là ils ont aspiré, réparé, et décrété que je répondais bien et ont évité de me transfuser. Comme quoi, c'est très surfait cette obsession d'avoir 5 litres de sang dans le corps. Pour moi, 2,2 litres, c'est bien suffisant. Comme dit une copine, on a pas besoin d'irriguer à la fois les pieds et le cerveau, il suffit de faire une rotation et de mettre les organes en jachère.

Bref, sur ce, je me suis réveillée en entendant quelqu'un au téléphone dans la salle de réveil qui disait "mais bordel, il est où ce sac, mais si tu sais, le sac poubelle jaune avec une étiquette collée dessus avec les affaires de la dame...". Là j'ai vaguement tenté d'entrer en interaction pour demander des explications, mais je me suis vite rendue compte de mes limitations (ça devait être le moment où les deux litres étaient vers le bas, et avaient délaissé mon sens de la niak...). Car bien entendu, entre temps, les gens du ménage avaient fait leur boulot et emmené le sac POUBELLE à la poubelle. Les blouses blanches paniquées m'assuraient que trois d'entre elles étaient descendues au sous-sol fouiller les bennes, et naïvement, je les ai crues. Rétrospectivement, je les soupçonne de ne pas m'avoir transfusée à dessein, pour m'affaiblir, sachant qu'avec un peu plus de force vitale je serais descendue, la perfusion de sang contaminée pendouillant au bras, pour surveiller le tri des poubelles jaunes et retrouver mes affaires égarées entre seringues usagées et sections d'intestins en décomposition (on était quand même aux portes du bloc opératoire !).

J'ai replongé et j'ai dormi et après j'ai passé 5 jours à l'hosto. Au final, mes affaires ont été définitivement perdues/volées. Le grand chef de service en personne est venu me voir pour s'excuser - ce que tout le monde a essayé de me faire passer pour un honneur, mais entre nous, c'était pas Dieu descendu de son nuage, c'était juste un gars en blouse blanche...- tout le monde est venu me voir pour s'excuser et m'assurer que l'hôpital était responsable et allait m'indemniser pour tout ça, hein (enfin, j'attends toujours...). Et quand je commençais à râler, on me disait "ah, mais l'important c'est la santé, madame Musquin !". Même mon chirurgien il disait ça, d'un air ému, et il disait aussi que c'était la faute à pas de chance, pour la grossesse extra utérine, et il était même super sympa - et sexy, malgré ses cheveux longs.

Enfin, la faute à pas de chance... faut avoir envie de se dédouaner totalement pour y croire, parce qu'à la base, y'a quand même une meuf un peu cruche qui fait des calculs à la con sur son calendrier en disant, hé hé, ce soir c'est bon, y'a pas de risques. Et si mon médecin martiniquais extra-lucide avait été de la partie - mais si, souvenez-vous, la cystite = vous avez du mal à trouver votre place ! - il nous aurait fait une morpho-psychanalyse des familles, "allo le conscient, ici le corps !" Analyse que j'ai donc auto-faite, parce que je me sentais ultra mal et coupable d'être aussi irresponsable et merdique dans ma vie perso, surtout à un moment de réorientation professionnelle finalement assez angoissante et qui traine à se mettre en place. D'autant que le mec involved, bien que disparu du panorama par l'action magique d'un SMS de rupture - "JtM plu, vi1 pa se sWr" comme l'a imaginé une copine - a les mêmes initiales que le magasin où je venais de commencer à travailler, et son surnom est le prénom du mari de ma copine de chambrée. Mais ces explications, non seulement c'était tordu, mais c'était une mauvaise piste. Comme on se disait avec Lutsi, ça aurait pu coller si je m'étais pété le genou - ben oui, la relation conflictuelle du je/nous - mais là il n'y avait plus de "nous" à considérer. Restait à trouver un jeu de mot avec "trompe", et on bloquait grave. Et alors que j'écris ça, ça m'apparait clair comme de l'eau de roche : "est-ce que je me trompe ?" ou la version affirmative : "je me trompe". Délire quoi. Ça devrait plaire au Lapin - et au médecin martiniquais.

Bref, plein de questions à la con, et surtout, plein de conséquences à la noix. N'ayant pas droit aux indemnités journalières et les médecins m'assurant 10 à 20 jours d'arrêt après la sortie, j'ai donc lâché mon super boulot de vendeuse (chômage de longue durée my friend !...). Je vais plutôt prendre un autre contrat réalisable depuis la maison, enroulée dans mon plaid sur mon ordinateur entre deux siestes, et pas dans la folie des courses de Noël (et adieu la socialisation et la possiblité de rencontrer des gens sympas !). J'étais aussi en plein transfert de la MGEN à la sécu, mais débordement des services publics oblige, mon dossier n'a toujours pas été traité à la sécu de Tours où je suis persona incognita. Autant dire que ça va être joie des paperasses pendant un moment. Et puis il faut retrouver un portable, refaire des lunettes, changer mes serrures, etc. Et puis je suis quand même bien fatiguée, même si je frimais grave vendredi dernier assise dans mon lit en disant allez hop, je reprends le boulot lundi, on s'en fout du congé maladie, avant de me retrouver épuisée quand il a fallu que je marche 50 mètres au ralenti jusqu'à l'ascenseur au moment de rentrer chez moi. Epuisée quand je lève un bras au-dessus de ma tête, épuisée quand je monte un demi-étage d'escalier, épuisée moralement aussi, et donc à pleurer à tout bout de champ et d'humeur maussade. En même temps, c'est pas les contradictions qui manquent - du coup j'ai lu "La route" de Mac Carthy samedi après-midi d'une traite, histoire de me donner des raisons exo-centrées de chialer...[mais tout s'arrange de jour en jour, pas d'inquiétude !]

Enfin y'a quand même un truc marrant dans cette hospitalisation, c'est que pour la cœlioscopie, ils font 4 petits trous dans le ventre et insuffle un gaz pour y voir plus clair et faire leur boulot de plombier du corps humain. Après, hop, ils aspirent le tout, et referment. Mais y'a toujours du gaz qui reste coincé, d'où la grande question que posent toutes les blouses blanches qui s'approchent du lit : "est-ce que vous avez eu des gaz ?" "et sinon, est-ce que vous avez eu des gaz ?", "et alors ces gaz ?", "des gargouillis ? bon, mais est-ce que vous avez pété aujourd'hui ?". Et ils nous donnent rien à manger, et en fait, quand on a eu des gaz, on a le droit de manger... une biscotte ! délire quoi. Bon, et après, on a même droit à une soupe. Donc au bout de 4 jours de jeun, j'ai eu droit à ma biscotte et je me suis dit, entre le régime-perfusion et les 3 litres qui se sont fait la malle, je vais avoir trop maigri avant les fêtes, la classe. Et puis oui, indeed, mais depuis que je suis sortie, j'ai une faim de loup, envie de manger des tonnes de choses tout le temps. Dépression rampante... ou besoins physiologiques... ou bon prétexte.

Sinon, j'ai bien sûr fait mon ethnologue de terrain pour profiter de ce terrain d'observation du métier d'infirmière. Elles et les aides soignantes étaient géniales, gentilles, disponibles et j'en ressors plus motivée que jamais. C'était peut être ça le sens caché de cette expérience, tester ma motivation ?

Donc voilà pour la crise d'adolescence et l'immaturité. On n'a pas tous les jours 20 ans, mais des fois on a 20 ans à rebours. Pourtant, il me semblait avoir déjà fait mon lot de couillonnades entre 17 et 28. J'ai dû bénéficier d'un quota supplémentaire à utiliser avant péremption. Ça remet au goût du jour la théorie des quotas, que je vous expliquerai en détail dans un prochain post et ça rejoint cette idée de plus en plus répandue : les années 2000, ça pue du derche !

Amis de la trompe, bonsoir !